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(Une fédération d’organismes voués au mieux-être de l’entourage d’une personne atteinte de maladie mentale.)
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Accompagner un proche atteint de maladie mentale, le risque de co-dépendance : entre proximité et fusion

Entrevue avec Gabrielle Brin d’Amour, directrice générale de l’Accolade Santé mentale (Suite | Balado épisode 8)

Gabrielle : « Dans la co-dépendance il y a quelque chose qui fait du bien aux deux personnes. Ce n’est pas juste dans les couples, c’est aussi chez les parents-enfants ou dans certains types d’amitié. C’est quand une personne semble avoir ce qu’il me manque et vice versa. On puise un peu dans l’autre quelque chose qui nous est un peu défaillant. Il y a quelque chose qui est rassurant dans la codépendance : ce avec quoi je ne sais que faire, ce que j’ai l’impression de ne pas avoir, l’autre semble l’avoir.  Donc en m’accrochant à lui ou elle je l’ai un petit peu.

Une piste de solution serait d’apprendre à voir comment l’autre peut m’enseigner à développer cet aspect, m’approprier cette force, au lieu d’en dépendre.

La codépendance sert beaucoup ! Il y a quelque chose de très valorisant dans le fait de savoir que l’autre a besoin de moi et de savoir que l’autre doit toujours être là pour moi. Cependant, du moment que l’on prend la responsabilité de sa propre vie, de ses propres émotions, ça va donner à l’occasion à l’autre de faire la même chose.

Dans l’amour c’est important de démêler proximité et fusion. Être proche de quelqu’un ne veut pas dire être soudés ensemble. On peut être encore une personne à part entière dans une relation de proximité. On est super proches, mais on est quand même deux personnes distinctes. On ne devient pas une seule personne. Rose-Marie Charest [psychologue et conférencière] a dit : “Dans les couples c’est important de créer un troisième territoire. 1+1 ça donne 3, ça ne donne pas 2. Il y a toi, moi, et il y a notre territoire. C’est la troisième entité que l’on partage ensemble. “

Alors, on n’est plus dans la co-dépendance, on est dans la relation. On est ensemble par choix, pas par besoin. Quand on sort de la relation fusionnelle, on ne porte plus la responsabilité de la vie de l’autre sur soi. La vie, le corps, la tête, les émotions appartiennent à soi et à l’autre de façons distinctes. Donc la responsabilité de se demander comment est-ce qu’on peut accompagner, c’est une chose. Comment on peut prendre en charge, ça en est une autre.

La co-dépendance, on en sort quand on réalise que la relation elle appartient aux deux. Pas juste à moi. La vie appartient à chaque individu. Puis on est des personnes à part entière, avec des besoins distincts les uns et les autres. Quand on commence à faire la distinction entre les deux personnes dans la relation, on peut basculer de la fusion à la proximité et là ça devient sain. »

Réseau Avant de Craquer

Février 2021